jeudi 1 décembre 2011
lundi 20 décembre 2010
My bonnie lies over the ocean....
Betty devait avoir trois ou quatre ans quand elle laissa tomber la poupée sur le carrelage de la cuisine. Mrs Toddle était chargée de la garder, ce soir on recevait à dîner. La mignonette s'effondra joue contre terre, en vrac, le corps désarticulé, la jambe brisée. La gamine avait refoulé ses larmes, prit un air bravache, avant de taper nerveusement du pied et de claquer la porte à grand fracas. Mrs Toddle avait été grondée, l'enfant envoyée dans sa chambre. Mrs Peabody dénicha à force de patience une autre jambe à la poupée, surnommé Betsy, et la vie avait repris son cours. Les années avaient passé, Betsy avait regagné son anonymat de petit mannequin inerte, il y avait bien longtemps que Betty ne jouait plus à la poupée.
My Bonnie lies over the ocean... La chanson trottait et revenait en boucle, refrain entêtant d'une autre époque, hypnotique, rassurant et tellement nostalgique. Betty, Bonnie, Besty, entrelacés dans l'esprit de Mrs Peabody, assise sur le bord de son lit, un petit panier sur les genoux.
- My Bonnie lies over the ocean
- My Bonnie lies over the sea
- My Bonnie lies over the ocean
- Oh bring back my Bonnie to me
Betty la chantait à son camp scout, la chantait à tue tête à la maison, c'en était fatigant, à tel point qu'on l'avait surnommée Bonnie, un surnom en chassant un autre, Betty pour Elizabeth...
Mrs Peabody ouvrit la boite en osier, elle appartenait à sa fille aussi. Comme tout ce qu'elle contenait d'ailleurs, la poupée Betsy enfin retrouvée, quelques dents de lait dont elle n'avait jamais pu se résoudre à se défaire, deux autre jambes de poupée, quelques croquets et lacets, une broche, des photos dans les teintes sépia.
Pourquoi avait-il fallu qu'elle parte si loin, de l'autre côté de l'océan, exactement comme dans la chanson ?
Mrs Peabody se leva, s'ébroua, finalement elle ne l'aimait pas du tout cette chanson, trop triste, pourquoi ne faisait-on jamais attention, mais vraiment attention aux paroles....
Sur la cheminée, près du globe de la linotte, celle reçue peu de temps avant Noël, bien des années auparavant, Mrs Peabody effleura du doigt le petit soulier cuivré qu'elle contemplait tous les soirs avant de s'endormir. L'idée en vogue à l'époque avait fait sourire Andrew, une chaussure d'enfant pétrifiée, comme statufiée par le bronze. On ne fixe pas ainsi les années et puis Betty babillait encore.
Elisabeth - 9 - 26 - 23, gravés sur la semelle. 26 septembre 1923, il y avait 20 ans et près de trois mois...
La bottine lovée dans le creux de sa main, Mrs Peabody se mit à prier lentement, un murmure cassé mais qui devrait bien traverser l'océan.
- The winds have blown over the ocean
- The winds have blown over the sea
- The winds have blown over the ocean
- And brought back my Bonnie to me
Si seulement le téléphone pouvait être rétabli, si seulement elle pouvait appeler...
Une sirène rugit, bientôt le couvre-feu...
mercredi 8 décembre 2010
En préparant Noël...
Une année, en préparant Noël, Mrs Peabody eut comme une étrange vision, bien que "vision" ne soit pas le terme vraiment approprié à ce qu'elle ressentit alors...
Elle venait de descendre de l'escabeau où elle s'était juchée pour atteindre la grande boite en carton, celle qui devait à l'origine contenir des chapeaux, peut-être ceux de sa mère, et où elle conservait à présent les guirlandes, boules en verre et menus objets de Noël, quand le téléphone se mit à sonner.
Sonneries stridentes et toujours un peu agaçantes. Dring, Driiiing, une sorte de petit martèlement criard et aigu qui résonnait dans la boite en bois suspendu dans l'office. Elle se frotta les mains contre sa jupe en serge, la boite était recouverte d'une fine couche duveteuse de poussière grise. Elle soupira, agacée.
Elle surprit l'ombre déformée de son reflet sur le combiné métallique du téléphone en bakélite noir, "A.R. Tavani"suivi d'un petit bouledogue... Quelle drôle d'idée Andrew avait-il eu ce jour-là, elle avait toujours trouvé ce chien hideux...
- Mrs Peabody ?
- Elle-même.
- Les Jardins d'Emily, Fleuriste. Nous avons un bouquet à vous livrer. Pouvons-nous passer cette après-midi vous le déposer ?
- Un bouquet ? .... Hum, oui, tout à fait. Merci.
Elle raccrocha aussitôt. Un bouquet et pas d'amis ni même de relations à dîner ce soir... Etrange et vaguement désagréable.
Elle revint à sa boite, la frotta légèrement avant de l'entrouvrir. Un léger parfum de pin, cire et papier s'en échappa tout aussitôt. Elle n'en fut pas surprise, elle l'attendait à vrai dire, cette odeur indéfinissable mais si familière, un avant goût de Noël, niché tout au creux des guirlandes et qui l'attendait tous les ans, comme une vieille amie, quasiment depuis l'enfance. Serait-ce ainsi jusqu'à la fin de sa vie ? Les années filaient à toute allure, l'odeur restait la même.
Ding dong. La porte, cette fois... Nouvelle époussetage des mains sur la jupe, un peu blanchie au passage, le rituel de la main dans le cheveux tâtant le chignon lâche un peu défait. Tant pis.
Sur le pas de la porte, un petit jeune homme aux joues rougies, un vent glacial cinglait les rues de Londres, dans ses bras, une boite. Le bouquet.
Mrs Peabody le fit patienter dans l'entrée tandis qu'elle allait fourrager dans son sac à main à la recherche de quelques pièces. Il repartit tout aussitôt, un peu emprunté, son modeste butin dans le creux de la main.
Un long couteau de cuisine à la main, Mrs Peabody trancha la ficelle de la boite, impatiente, un peu nerveuse. Des lys délicatement allongés, d'une magnifique et tendre fraîcheur, oui tendre, exactement, c'est ce qu'elle pensa à cet instant, comme les joues d'un enfant. Dans la boite, une autre boite, plus petite, juste posée sur les lys, aérienne et si légère, comme si elle était vide. Mrs Peabody la secoua légèrement juste devant son oreille, comme si elle voulait, avant de l'ouvrir, en éprouver la vacuité. Un petit battement, un petit frottement, elle ne saurait dire, mais il y avait bien quelque chose. Un ruban à défaire, d'un bleu passé, un papier de soie de la même couleur, et.... l'oiseau. Elle l'aurait reconnu entre mille, cent mille. Il était là, couché sur un minuscule lit de fleurs en papier, inerte, et pourtant presque palpitant, encore. Une linotte, la gorge rougie par l'envie de séduire et la hantise de demeurer seule, à tout jamais...
Une linotte amoureuse, des lys nouveaux nés en plein coeur de l'hiver, à quelques jours à peine de Noël...
Une larme glissa sur la joue délicatement poudrée de Mrs Peabody tandis qu'elle portait l'oiseau à ses lèvres.
Ainsi, il s'en était souvenu !
D'un mouvement rapide, elle s'essuya le visage, se moucha d'un coup sec dans le mouchoir qu'elle gardait toujours niché en boule dans la manche de son cardigan, et repartit toute ragaillardie vers son carton à chapeau.
mercredi 10 novembre 2010
Mrs Peabody et le nombre 13....
Mrs Peabody rencontra, au tout début des années 20, celui qui allait devenir le fameux Hitch. Alfred, bien sûr.
On ne sut jamais ce qu'elle avait bien pu lui confier, mais deux années un peu plus tard, le jeune réalisateur se lança dans un tournage mouvementé qui prit fin presque tout aussitôt, à peine le temps de mettre quelques scènes en boite...
Number 13 tel devait être le titre du film, ou "Mrs Peabody", Hitchcock ne s'était pas encore décidé.
De toutes façons, il restera peut-être à jamais une énigme. Peut-être...
Quelques clichés apparaissent ici ou là :
Du moins sait-on avec assurance que Clare Greet devait y incarner Mrs Peabody. Mais de ses sentiments à elle, la vraie Mrs Peabody, on ne sait rien, pas encore.
A lost film, lui aussi ?
mardi 2 novembre 2010
The lost boy...
Mrs Peabody n'a jamais eu d'enfant, c'est du moins ce qu'elle affirme, de temps à autres, à de parfaits étrangers, le menton un peu tremblant.
Et pourtant, il y avait bien une nursery perchée tout en haut de leur maison près des jardins de Kensington, et tout le monde aurait juré que...
Il se murmurait même ici et là que l'enfant se serait envolé pour ne plus jamais revenir. Pensez, cette pauvre Mrs Peabody avait toujours catégoriquement refusé de mettre des barreaux aux fenêtres...
Il se murmurait même ici et là que l'enfant se serait envolé pour ne plus jamais revenir. Pensez, cette pauvre Mrs Peabody avait toujours catégoriquement refusé de mettre des barreaux aux fenêtres...
De temps en temps, assise dans la nursery, sur la petite chaise basse de nourrice, elle l'imagine, cet enfant d'un songe, non pas comme un pâle fantôme, non, mais peut-être un peu comme celui-ci :
Peter Pan, par Arthur Rackham
Et certains jours, elle en est sûre, il cogne à la vitre, et échange un drôle de sourire avec son reflet dans la glace avant de repartir à tire-d'aile.
Mais qui a dit, au fait, que Mrs Peabody n'avait jamais eu d'enfant ? Bien sûr que si.
Bientôt, elle se lèvera, en bas, tout en bas dans la cuisine, elle entend le chien japper et les enfants se disputer, c'est l'heure du goûter. Illustration extraite du magnifique conte de James Matthew Barrie "Peter Pan dans les jardins de Kensington" traduit et préfacé par Céline-Albin Faivre, merveilleuse spécialiste de JMB, et édité sous sa houlette aux éditions Terre de Brume (octobre 2010)
samedi 30 octobre 2010
Mais qui est Mrs Peabody ?
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En 1925... Miss Peabody ?
La suite et la résolution (peut-être ?) progressive du mystère...
Il faut patiemment ouvrir, une à une, les poupées russes.
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